TÉMOIGNAGE

Peut-on vivre de la musique chrétienne sans vendre l’adoration ?

Peut-on vivre de la musique chrétienne sans vendre l’adoration ? À travers son parcours, Moses Mangomba partage une réflexion sur l’appel, la foi, le travail et l’intégrité. Entre discipline, persévérance et confiance en Dieu, il montre qu’il est possible d’exercer un talent comme un véritable travail, sans compromis sur les valeurs. Un témoignage inspirant pour tous ceux qui cherchent à concilier vocation, foi et réalité financière.

Il y a des talents qui s’imposent bruyamment. Et il y en a d’autres qui grandissent dans le silence, la prière, et l’obéissance. Le mien est né là.

Je n’ai pas découvert la musique dans un studio, ni sur une grande scène. Je l’ai découverte à l’école, simplement. Je chantais pendant les cours de musique, lors des activités scolaires, sans aucune ambition professionnelle. C’était naturel, presque instinctif. Chanter me détendait.

À la maison aussi, la musique avait sa place. Lors des moments de prière en famille, nous conduisions des temps d’adoration. Sans le savoir, Dieu était déjà en train de me former.

Je ne me souviens plus exactement de l’année, mais c’était entre 2011 et 2013, à l’église Cité de Jérusalem. En fin d’année, l’église organisait un moment particulier : chacun pouvait offrir un chant personnel au Seigneur, comme une action de grâce. J’ai décidé de participer. Je me suis fait enregistrer, et ce soir-là, j’ai chanté « Bolamu » du Pasteur Athom’s.

Ce qui s’est passé ensuite m’a profondément marqué.

Pendant que je chantais, des personnes ont commencé à se lever, à semer. Elles me donnaient de l’argent. Je ne comprenais pas vraiment. J’ai simplement tout pris et je l’ai déposé dans un panier. Mais ce geste, aussi simple soit-il, a été pour moi un signal. Quelque chose venait de s’ouvrir.

À partir de ce moment, la chorale de l’église a commencé à me solliciter. Et en même temps, mon parcours m’a conduit à Génération Joël, puis à l’UPC, avec le GEC (Groupe évangélique du centenaire). Ce sont des lieux, des saisons, qui m’ont véritablement poussé à travailler sur moi, à prendre ce talent au sérieux.

Le déclic : ne plus chanter “en attendant”

L’une des décisions les plus importantes de mon parcours a été intérieure. J’ai refusé de considérer la musique comme quelque chose que je faisais en attendant — en attendant un travail, un voyage, une autre opportunité.

Je me suis dit : si je fais cela pour Dieu, alors je dois le faire comme un véritable travail.

Et quand tu considères quelque chose comme un travail, tu acceptes aussi ses exigences. Tu enlèves la négligence. Tu acceptes la discipline. Tu travailles avec rigueur. Et tu comprends qu’un travail mérite aussi une rémunération, non par cupidité, mais par responsabilité.

“Made by God”

Mon parcours n’a pas été soutenu par une grande structure, ni par un producteur, ni par une maison de production. Certains artistes sont portés, introduits, propulsés. Moi, je dis souvent que je suis un made by God.

Bien sûr, j’ai bénéficié de soutiens ponctuels, de personnes de bonne volonté. Mais l’essentiel n’est pas venu d’un système. Il est venu de la main de Dieu… et de l’énergie que moi-même j’y ai mise.

Il a fallu de la concentration.

De la consécration.

Et beaucoup de foi.

Les débuts ont été difficiles. Réunir l’argent pour un projet quand on n’a ni partenaire, ni revenus stables, ce n’est jamais simple. Mais par la grâce de Dieu, certaines choses ont pu se faire. Pas parfaitement. Mais fidèlement.

Il y a une chose que j’ai très tôt comprise : si je suis encore debout dans ce parcours, c’est à cause de la foi. Pas une foi théorique, mais une foi vécue, risquée, parfois inconfortable.

Quand j’ai terminé l’université, comme tout le monde, j’avais des rêves clairs. Des ambitions bien tracées. Je voulais m’insérer pleinement dans un domaine qui corresponde à mes études, avec une certaine stabilité financière. C’était logique. Raisonnable. Acceptable.

Mais l’appel de Dieu ne fonctionne pas toujours selon notre logique.

Je ne dirais pas que Dieu détourne quelqu’un de ses ambitions. Je dirais plutôt qu’Il réoriente. Il te fait regarder ailleurs, non parce que ton projet est mauvais, mais parce que Sa vision est plus large que la tienne.

Et c’est là que la foi devient indispensable

Sans la foi, tu refuses cette nouvelle direction. Sans la foi, tu t’accroches à ce que tu connais, à ce qui te rassure. Mais quand tu fais confiance à Dieu, tu acceptes d’avancer même quand le chemin n’est pas encore clairement balisé.

Chercher un emploi… recevoir un travail

À cette période de ma vie, je cherchais un emploi. Comme beaucoup. Je déposais des dossiers. J’attendais des réponses. J’espérais.

Mais la foi m’a donné autre chose.

Elle m’a donné un travail.

Et pour moi, la différence est fondamentale.

Un emploi, on peut te le retirer.

Un travail, personne ne peut te licencier.

Mon travail aujourd’hui, c’est ce que Dieu m’a confié. Ce que je fais avec mes mains, avec ma voix, avec mon cœur. Ce travail-là ne dépend pas d’un contrat humain. Il dépend de ma fidélité et de mon obéissance.

C’est en cela que la foi m’a établi. Elle ne m’a pas seulement encouragé à chanter. Elle m’a permis de comprendre que ma vocation était aussi une activité légitime, structurée, appelée à porter du fruit.

Avancer sans garantie, mais avec conviction

Marcher par la foi, ce n’est pas avancer les yeux fermés.C’est avancer avec une conviction profonde que Dieu sait où Il t’emmène, même quand toi, tu ne comprends pas encore comment.

Il y a eu des moments de doute. Des moments de silence. Des saisons où rien ne semblait décoller. Mais à chaque fois, je revenais à cette certitude : si Dieu m’a placé ici, Il m’y soutiendra.

Et c’est cette foi qui m’a empêché d’abandonner.

Cette foi qui m’a appris à travailler sérieusement.

Cette foi qui m’a gardé aligné, même quand les résultats tardaient.

C’est une question que l’on pose souvent, parfois à voix basse, parfois avec suspicion :

Comment concilier la vocation spirituelle et l’argent ?Peut-on vivre de la musique chrétienne sans trahir l’adoration ?

Nous évoluons dans un domaine où il existe un vrai malaise. D’un côté, le spirituel. De l’autre, les finances. Certains pensent que dès qu’il y a de l’argent, on est en train de “vendre” la louange. Comme si la bénédiction financière venait automatiquement salir la pureté de l’appel.

Je ne pense pas que ce soit vrai.

Nous ne vendons ni le don, ni l’adoration, ni la louange. Mais il faut être honnête : ce domaine fonctionne aussi avec de l’argent. Les projets musicaux, les enregistrements, la production, la diffusion — tout cela a un coût. Et si aucune entrée financière n’existe, la carrière elle-même finit par s’éteindre.

L’argent n’est donc pas l’ennemi. Il est un outil.

La bénédiction n’annule pas l’intégrité

À travers la musique, le Seigneur bénit aussi financièrement. Et aujourd’hui, il existe des structures, des plateformes, des systèmes de diffusion qui permettent de générer des revenus de manière saine. Cela permet non seulement de financer des projets, mais aussi de vivre, tout simplement.

Quand nous sommes invités pour des prestations, il y a souvent une rétribution. Elle varie selon les contextes, selon les lieux. Et cela n’a rien de honteux.

La vraie question n’est pas : y a-t-il de l’argent ?

La vraie question est : comment cet argent est-il obtenu, et dans quel esprit ?

Il est tout à fait possible de gagner de l’argent dans la musique sans se salir les mains, sans compromettre sa foi, sans renier ses valeurs. Tout est une question d’alignement.

Aux talents qui veulent vivre de leur appel

À ceux qui aspirent à vivre de leur talent tout en restant fidèles à Dieu, mon message est simple, mais exigeant.

Premièrement : croyez en votre talent.

S’il est là, ce n’est pas un accident. Et surtout, croyez que Dieu peut vous bénir dans ce talent, par ce talent.

Deuxièmement : travaillez.

Le talent sans travail s’épuise. Dieu bénit la fidélité, la discipline, l’excellence.

Troisièmement : persévérez et soyez patients.

Rien de solide ne se construit du jour au lendemain. Le temps fait partie du processus.

L’impatience est souvent ce qui pousse certains à imiter les autres, à emprunter des chemins douteux, à poser des actes qui ne reflètent pas leur identité en Christ. Mais quand on apprend à attendre Dieu, on se protège soi-même.

Dieu finit toujours par bénir.

Et quand la bénédiction arrive, elle ne détruit pas. Elle élève.

Un parcours, une foi, une fidélité

Mon histoire n’est pas celle d’un succès instantané. C’est celle d’un appel accueilli, travaillé, respecté. Une histoire où la foi n’a pas remplacé l’effort, mais l’a soutenu. Où la musique n’est pas devenue une idole, mais un service.

Si une chose doit rester, c’est celle-ci :

Dieu honore toujours ceux qui honorent ce qu’Il leur a confié.

Moses Mangomba

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